La fin du corset et la libération du corps de la femme

La fin du corset et la libération du corps de la femme

  • Corset Le Furet.

    CAPPIELLO Leonetto (1875 - 1942)

  • Le Corset chic.

    KIRCHNER Raphaël (1876 - 1917)

  • Mannequin dans la vitrine.

    BRASSAÏ Gyula Halász, dit (1899 - 1984)

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Titre : Corset Le Furet.

Auteur : CAPPIELLO Leonetto (1875 - 1942)

Date de création : 1901

Date représentée :

Dimensions : Hauteur 145 - Largeur 96

Technique et autres indications : Pastel.

Lieu de Conservation : Musée d'Orsay site web

Contact copyright : © Photo RMN-Grand Palais - H. Lewandowski

Référence de l'image : 88-001203 / RF37366

© Photo RMN-Grand Palais - H. Lewandowski

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Titre : Le Corset chic.

Auteur : KIRCHNER Raphaël (1876 - 1917)

Date de création : 1911

Date représentée :

Dimensions : Hauteur 0 - Largeur 0

Technique et autres indications : Exposé au Salon des Artistes Humoristes de 1911.Accompagné du commentaire : « Je vous apprends le truc, Mesdames ! Rien qu'un corset chic et vous faites sensations dans les meilleurs salons »

Lieu de Conservation :

Contact copyright : © Photo RMN-Grand Palais - F. Vizzavona / M. El Garbysite web

Référence de l'image : 97-027070 / VZC8910

© Photo RMN-Grand Palais - F. El Garby

Mannequin dans la vitrine.

© Estate Brassaï - RMN-Grand Palais Photo CNAC/MNAM Dist. RMN-Grand Palais - Adam Rzepka

Date de publication : septembre 2007

Contexte historique

Le port du corset s’est généralisé au cours du XIXe siècle. Si les critiques (médicales surtout) s’intensifient, son usage, en revanche, ne cède pas, et cette pratique persistante montre combien demeure encore acceptable une esthétique qui fige l’apparence de la femme en décor et condamne ses chairs à la contention : « L’opulence, la laxité, la pesanteur des formes requièrent le port du corset, dans une idée de maintien. ». L’objet provoque de véritables passions, mais seules ses lignes changent : soixante-quatre brevets sont déposés, censés améliorer son confort, entre 1828 et 1848, alors qu’il n’en existait que deux en 1828. Au début du XXe siècle, les créateurs en déposeront encore de trois à cinq par mois. La production ne cesse elle aussi de croître : un million et demi de corsets vendus en 1870, six millions en 1900.

Analyse des images

Le premier document est une épreuve de l’affiche publicitaire pour le corset Le Furet (1901) de Cappiello Leonetto. On remarque qu’elle a été corrigée. Sa version définitive comporte un bandeau supérieur où est inscrit « hygiène, élégance, souplesse » et un bandeau inférieur avec « Donne la souplesse de l’Orientale avec la grâce Française ». La promesse n’est pas très différente de celle des concurrents : le corset est une machine amincissante. Mais sa forme change quand les robes deviennent « collantes » autour de 1900. Il enveloppe les hanches, s’assouplit. L’intérêt de cette affiche est dans la dynamique qui anime sa composition et dans l’idée que l’artiste a retenue pour la concrétiser : le « délaçage » du corset. La femme de Cappiello est en mouvement, mouvement traduit par la ligne, souple et puissante, qui donne à l’affiche son impulsion et la rend vivante. Ainsi l’élégance et la souplesse que vante l’affiche sont-elles rendues sensibles par le travail de l’illustrateur.

Le dessin de Raphaël Kirchner met à nu l’objectif esthétique du « Corset chic » : infléchir la taille en « S » en signe de féminité, « rentrer tout sauf le cul et les seins » comme le résumera crûment Neil Kimbell, célèbre mondaine de San Francisco, révélant l’internationalisation de la ligne à la fin du siècle. Lors de son exposition au Salon des artistes humoristes de 1911, ce dessin raffiné, de style Art nouveau, était accompagné de ce commentaire : « Je vous apprends le truc, Mesdames ! Rien qu’un corset chic et vous faites sensation dans les meilleurs salons. » Le dispositif conduit à une image précise du corps, imposant une cambrure plus accusée que jamais, comme pour mieux imiter l’ancienne « tournure », laquelle consistait en un rembourrage porté sous la robe au bas du dos. Ce dessin reprend ce que reproduisent toutes les revues de mode au tournant du siècle : une posture« cassée » qui fait ressortir les formes, des reins creusés en une interminable extension, une poitrine rejetée en avant.

La photographie de Brassaï « Mannequin dans la vitrine » a été prise dans les années 1930. Baigné par l’atmosphère surréaliste parisienne, « l’œil de Paris », comme le surnommait son ami Henry Miller, fixe une vitrine de boutique qu’habite un inquiétant mannequin de cire. La machine amincissante prend maintenant la forme d’une gaine qui comprime le ventre mais libère la poitrine. Dans cette photo qui ressemble à une scène d’autopsie, l’accessoire de mode devient instrument de torture. La transformation du corset est loin de libérer le corps de la femme. Les sous-vêtements effacent maintenant toutes les courbes du corps féminin qui ont enchanté les siècles précédents.

Interprétation

À la fin du XIXe siècle, l’argument de la souplesse devient central, laissant rêver à mille dispositifs possibles dont les annonceurs multiplient les modèles dans les revues de mode ; ceux prétendus plus fluides parce que « sans gousset » ou « sans couture », ceux jugés plus « maniables » parce que munis de lacets « sans bout » ou de dispositifs « à la paresseuse » faits pour faciliter le laçage d’une dame « par elle-même en un instant ». La réalité est plus prosaïque, le moule est devenu une courte armure dont les trames s’entrecroisent en se renforçant. La lutte contre le corset se fait plus ouverte au début du XXe siècle. On en invente donc de nouvelles formes qui, sans comprimer l’abdomen, projettent la poitrine en avant tout en accentuant la chute des reins – ce qui donne à nouveau aux femmes cette silhouette en « S » que révèle particulièrement bien le dessin de Kirchner. La silhouette féminine subit ensuite une radicale transformation. Les femmes se mettent à mener une vie plus active et le corset finit par se démoder. Plus de poitrine projetée en avant, ni de croupe rejetée en arrière. Les corsages cintrés, affinant la taille et soulignant les hanches, passent de mode, et les femmes portent désormais des robes en tissu léger qui aplatissent les lignes. Mais la photo de Brassaï montre que si la mode change, elle impose toujours une forme de contrôle du corps féminin à travers de nouvelles machines amincissantes.

  • femmes
  • mode
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Bibliographie

Geneviève FRAISSE et Michelle PERROT (dir.), Histoire des femmes en Occident, tome IV, « Le XIXe siècle », Paris, Plon, 1991.James LAVER, Histoire de la mode et du costume, Paris, Thames & Hudson, 2003.Philippe PERROT, Les Dessus et les dessous de la bourgeoisie, Paris, Fayard, 1981.Georges VIGARELLO, Histoire de la beauté, Paris, Le Seuil, 2004.

Pour citer cet article

Julien NEUTRES, « La fin du corset et la libération du corps de la femme »


Video: CORSETS: DANGER ET ARNAQUE!!!