Les destructions de la guerre de 14-18

Les destructions de la guerre de 14-18

Fermer

Titre : La cathédrale de Reims en flammes.

Auteur : BOUSSU Emile (1889 - 1916)

Date de création : 1914

Date représentée : 1914

Dimensions : Hauteur 94,5 - Largeur 63

Technique et autres indications : Crayons de couleur, mine de plomb et rehauts de gouache sur papier beigeDon de Mme Boussu, mère de l’artiste, 1918

Lieu de Conservation : Musée des Beaux-Arts de Rennes site web

Contact copyright : © Musée des beaux-Arts de Rennes, Dist. RMN-Grand Palais / Adélaïde Beaudoin

La cathédrale de Reims en flammes.

© Musée des beaux-Arts de Rennes, Dist. RMN-Grand Palais / Adélaïde Beaudoin

Date de publication : mars 2016

Contexte historique

Une guerre iconoclaste

La guerre de 1914-1918 causa de très graves dommages au patrimoine bâti, l’armée allemande ayant bombardé, voire dynamité de nombreux édifices avec pour objectif d’affaiblir la cohésion morale des Français.
Reims a été la plus éprouvée par la guerre de 1914 : la ville a subi un bombardement presque continu pendant toute la durée de l’occupation allemande du nord de la France, du 3 septembre 1914 au 5 octobre 1918.
Sa cathédrale, sanctuaire des sacres, apparaît ici comme le symbole de la barbarie destructrice de la Grande Guerre. Au total, ce sont 350 obus qui furent tirés sur l’édifice, crevant les voûtes de la nef et mutilant 70 statues, dont L’Ange au sourire.
Le coup porté au monument est jugé aussi sacrilège qu’inutile. La reconstruction de la cathédrale ne sera totalement achevée qu’à la veille de la Seconde Guerre mondiale, en 1937.

Analyse des images

La destruction de la cathédrale de Reims hautement symbolique

Une infirmité au talon gauche fait de Boussu un réformé de la première heure, bien malgré lui. On ignore à quel moment et dans quelles circonstances l’artiste a pu réaliser ce magnifique dessin de la cathédrale de Reims en feu. Il est cependant possible de le dater. La présence d’un échafaudage en bois, adossé à la tour nord et que le feu ravage, indique en effet qu’il s’agit de l’incendie de 1914. La cathédrale où furent sacrés les rois de France n’est plus qu’une ruine fumante, avec des drapeaux de la Croix-Rouge sur les tours.
Boussu, d’un trait précis, a su rendre le caractère dramatique de cet événement. Aucun être humain ne figure dans cette image de désolation qui restitue l’ampleur de la destruction. A ce titre, ce dessin présente aussi un intérêt documentaire.

Interprétation

La mémoire des ruines

Après Reims, Arras connut un sort comparable. Le bombardement du 21 octobre 1914 a détruit la Grande et la Petite-Place, encadrées de maisons à arcades et à pignons du XVIIe siècle, un ensemble architectural unique dans le nord de la France. Plus éloigné du front, Paris a eu la chance d’être relativement épargnée. Le 29 mars 1918, un obus lancé à grande distance par « la grosse Bertha » a cependant crevé la voûte de l’église Saint-Gervais au moment de l’office du vendredi saint, tuant plus de cent personnes, pour la plupart des femmes en prière.
Ces destructions de monuments, sans précédent historique, ont été abondamment représentées. Les images des charpentes calcinées de ces grands édifices, symboles de l’identité nationale, ont servi la propagande, construisant ainsi la figure du barbare teuton, ennemi du Droit et de la Civilisation. L’anéantissement des monuments est perçu comme une perte irrémédiable, une rupture brutale avec le passé et l’histoire. Les Français découvrent l’étendue du désastre par les représentations des peintres et des photographes, mais aussi par les reportages comme celui d’Albert Londres sur le bombardement de Reims. Après 1918, les cartes postales prennent le relais en montrant d’innombrables vues de cités et de monuments dévastés, souvent accompagnées de la légende « Français, souvenez-vous ».

  • Guerre de 14-18
  • incendie
  • patrimoine
  • ruines
  • vandalisme
  • bombardement
  • cathédrale
  • mémoire
  • monuments
  • identité collective

Bibliographie

Pierre VALLAUD, 14-18, la Première Guerre mondiale, tomes I et II, Paris, Fayard, 2004.Louis REAU Histoire du vandalisme : les monuments détruits de l'art français Paris, Robert Laffont, coll. « Bouquins », 1994.Hans REINHARDT La Cathédrale de Reims : son histoire, son architecture, sa sculpture, ses vitraux Marseille, Laffite Reprints, 1983.

Pour citer cet article

Patrick DAUM, « Les destructions de la guerre de 14-18 »


Video: Les objets de la grande guerre 7 - Images de la guerre 14 18