Cubisme et camouflage

Cubisme et camouflage

  • Arbre observatoire en acier et tôle peinte à Armancourt (Somme) en mars 1915.

    DANTON Louis (1889 - 1960)

  • Une colonne de chars Renault FT17 camouflés.

    ANONYME

  • Les usines du Rio-Tinto à l'Estaque.

    BRAQUE Georges (1882 - 1963)

  • Artistes de la section de camouflage.

    COURBOULIN Jean

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Titre : Arbre observatoire en acier et tôle peinte à Armancourt (Somme) en mars 1915.

Auteur : DANTON Louis (1889 - 1960)

Date de création : 1915

Date représentée : mars 1915

Dimensions : Hauteur 7 - Largeur 4,6

Technique et autres indications : Tirage d'après négatif papier.

Lieu de Conservation : musée de l’Armée (Paris) site web

Contact copyright : © Paris - Musée de l'Armée, Dist. RMN-Grand Palais / Pascal Segrette

Référence de l'image : 06-501531 / 995.142.195

Arbre observatoire en acier et tôle peinte à Armancourt (Somme) en mars 1915.

© Paris - Musée de l'Armée, Dist. RMN-Grand Palais / Pascal Segrette

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Titre : Une colonne de chars Renault FT17 camouflés.

Auteur : ANONYME ( - )

Date de création : 1918

Date représentée : 1918

Dimensions : Hauteur 5,2 - Largeur 5,8

Technique et autres indications : Épreuve au gélatino-bromure d'argent.

Lieu de Conservation : musée de l’Armée (Paris) site web

Contact copyright : © Paris - Musée de l'Armée, Dist. RMN-Grand Palais / Pascal Segrettesite web

Référence de l'image : 06-506123 / 24223.391

Une colonne de chars Renault FT17 camouflés.

© Paris - Musée de l'Armée, Dist. RMN-Grand Palais / Pascal Segrette

Les usines du Rio-Tinto à l'Estaque.

© ADAGP, Photo CNAC/MNAM Dist. RMN-Grand Palais - Droits réservés

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Titre : Artistes de la section de camouflage.

Auteur : COURBOULIN Jean ( - )

Date représentée :

Dimensions : Hauteur 6,5 - Largeur 4,2

Technique et autres indications : Epreuve argentique, papier (matière).Artistes de la section de camouflage (dont Jean-Louis Forain, à gauche) exerçant sur un canon de 75 mm, modèle 1897 ; prise de vue réalisée entre 1914 et 1915.

Lieu de Conservation : musée de l’Armée (Paris) site web

Contact copyright : © Paris - Musée de l'Armée, Dist. RMN-Grand Palais / Pascal Segrette

Référence de l'image : 06-506029 / 15309.1

Artistes de la section de camouflage.

© Paris - Musée de l'Armée, Dist. RMN-Grand Palais / Pascal Segrette

Date de publication : juillet 2007

Contexte historique

L’arme « camouflage »

La guerre de 1914-1918 ne fut pas la guerre éclair tant attendue. Le camouflage n’était plus une ruse ponctuelle comme dans les guerres de mouvement, mais un moyen de combat offensif et défensif.
Guirand de Scevola, jeune peintre canonnier de 2e classe, eut le premier l’idée de camoufler le matériel en le peignant. Une fois reconnu, codifié et organisé, le camouflage pris rapidement une importance considérable comme méthode stratégique passive et active : de 30 hommes en 1915, son effectif passa en 1918 à 3 000 hommes.
Comme méthode passive, la plus rapidement mise en place, il s’agissait de dissimuler le matériel, les routes, ponts et autres points stratégiques sous des filets ou par de la peinture. Parfois ces doubles servaient à dérouter l’ennemi et le diriger sur des cibles fictives ou des positions erronées par la confection de canons ou de véhicules factices et de faux terrains d’aviations ou dépôts de munitions.

Analyse des images

Le camouflage, une peinture cubiste ?

Gertrude Stein rapporte que, devant le premier canon camouflé qu’il vit, Picasso s’écria : « C’est nous qui avons fait cela. » Comment Picasso a-t-il pu attribuer la paternité d’une peinture utilitaire au cubisme ? Par quelle opération mystérieuse le cubisme se retrouva-t-il sur du matériel militaire ?

Guirand de Scevola donna lui-même les premiers éléments d’explication : « J’avais, pour déformer totalement l’objet, employé les moyens que les cubistes utilisent pour le représenter, ce qui me permit par la suite d’engager dans ma section quelques peintres aptes à dénaturer n’importe quelle forme. » Les cubistes et le camouflage poursuivaient un but similaire : intégrer la figure au fond, l’objet à son environnement.

Pour les cubistes, le problème était de figurer des objets colorés en trois dimensions sur la surface plane du tableau et de les incorporer à cette unité plastique. Pour ce faire, ils représentaient les objets vus sous divers angles, que les « passages », les dégradés colorés, permettaient de relier entre eux et à l’arrière-plan. La restriction des couleurs à un camaïeu de brun et de gris accentuait cette fusion. En reniant la perspective à point de vue unique, la lumière ne provenait plus d’une source isolée, mais servait à faire ressortir les volumes indépendamment de tout éclairage naturel.

De la sorte, leurs peintures, comme Les Usines du Rio-Tinto à l’Estaque, faisaient éclater le volume homogène des objets, brisaient leurs contours et rendaient leur position dans l’espace par une succession de plans : les bâtiments sont figurés les uns au-dessus des autres selon des angles variés, et leur forme n’est jamais complètement délimitée, un côté se fondant avec le fond. Le tableau, pour qui n’est pas familiarisé avec cette déconstruction visuelle, peut apparaître comme une surface couverte d’aplats colorés légèrement modulés, s’apparenter à de l’abstraction. Une « illisibilité » qui rejoint l’invisibilité recherchée par le camouflage.

Le matériel militaire était peint d’aplats de couleur unie indépendants des formes et de l’éclairage de manière à abolir le volume de l’objet, à rendre ses contours indéchiffrables et à l’amalgamer à son environnement. Les camaïeux de brun, de gris et de vert, couleurs les plus communes dans la nature et les moins visibles, servaient au mieux cette recherche de fusion.

Interprétation

Les cubistes des peintres « utiles »

Confrontée à une équation plastique similaire, la peinture de camouflage s’est tournée vers le système qu’offrait le cubisme pour décomposer les formes et inscrire l’objet dans son milieu ambiant. Bien plus, ce sont souvent des peintres cubistes qui s’y employèrent : Guirand de Scevola s’attacha à rappeler du front les artistes engagés pour leur donner un poste adapté à leurs compétences particulières. Dunoyer de Segonzac, Jacques Villon, Roger de La Fresnay, André Mare, firent ainsi partie de cette section.

Cette fonction était d’ailleurs sollicitée par beaucoup de soldats : les peintres de camouflage possédaient un statut à part ; ils travaillaient dans des ateliers, évitant ainsi les tranchées et les combats. Le danger était moindre, sauf lors des missions de reconnaissance et d’installation, et les conditions de vie meilleures. Fernand Léger n’aura d’ailleurs de cesse de demander son changement d’affectation, qu’il n’obtint jamais.

Cette double utilisation du style cubiste et des peintres cubistes paraît particulièrement impertinente lorsque l’on sait que, quelques années plus tôt, leur production avait été taxée de « peinture boche », parce que leur marchand et leurs acheteurs étaient allemands. Après avoir été accusés de collaborer avec l’ennemi, ils devenaient des patriotes indispensables à l’effort de guerre.

  • armée
  • cubisme
  • Guerre de 14-18
  • modernisme
  • courant artistique
  • guerre
  • stratégie militaire

Bibliographie

Pierre DAIX, Journal du cubisme, Paris-Genève, Skira, 1982.Danielle DELOUCHE, « Cubisme et camouflage » in Stéphane AUDOIN-ROUZEAU, Annette BECKER, Jean-Jacques BECKER, Gerd KRUMEICH et Jay M.WINTER (dir.), Guerre et cultures, 1914-1918, Paris, Armand Colin, 1994.André MARE, Cubisme et camouflage : 1914-1918, Bernay, Musée municipal des Beaux-Arts, 1998.Guirand de SCEVOLA, « Souvenirs du camouflage », in La Revue des Deux Mondes, janvier 1951.Gertrude STEIN, Autobiographie d’Alice Toklas, Paris, Gallimard, 1934.Pierre VALLAUD, 14-18, la Première Guerre mondiale, tomes I et II, Paris, Fayard, 2004.

Pour citer cet article

Claire LE THOMAS, « Cubisme et camouflage »


Video: Le cubisme sous toutes ses facettes