Bonaparte glorifié

Bonaparte glorifié

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Titre : Bonaparte franchissant le col du Grand Saint-Bernard.

Auteur : DAVID Jacques Louis (1748 - 1825)

Date de création : 1800

Date représentée : mai 1800

Dimensions : Hauteur 259 - Largeur 221

Technique et autres indications : Huile sur toile

Lieu de Conservation : Musée national du Château de Malmaison site web

Contact copyright : © Photo RMN-Grand Palais - D. Arnaudet

Référence de l'image : 86EE5326/MM. 49-7-1

Bonaparte franchissant le col du Grand Saint-Bernard.

© Photo RMN-Grand Palais - D. Arnaudet

Date de publication : décembre 2009

Contexte historique

Le coup d’État de Bonaparte les

18

et

19 brumaire an VIII

s’étant réalisé dans le contexte particulièrement difficile des guerres de la deuxième coalition (1799-1800), Bonaparte devait avant tout restaurer l’ordre dans le pays. Il pacifia les départements royalistes de l’Ouest, insurgés contre la République, élimina les néo-jacobins et renversa la situation militaire en parvenant in extremis à repousser les Autrichiens à Marengo le 14 juin 1800.

Cette demi-victoire fut transformée en bataille décisive grâce à une propagande particulièrement efficace, à laquelle contribua le tableau où David a illustré le fameux épisode du passage des Alpes par l’armée de Bonaparte. Il fut commandé en 1800 par le roi d’Espagne Charles IV, qui se trouvait être alors l’un des rares alliés de la France. Passé dans les collections de Joseph Bonaparte devenu roi d’Espagne en 1808, il revint ainsi dans les collections françaises.

Analyse des images

Peint en 1800, ce tableau ouvre l’iconographie de l’épopée napoléonienne, au terme de laquelle lui répondra comme en écho

Le Cuirassier blessé quittant le feu

de Géricault (1814, musée du Louvre).

Mais l’œuvre de David est devenue une véritable icône. Si la réalité fut plus prosaïque, Bonaparte ayant passé les Alpes à dos de mule revêtu d’une redingote grise, le tableau tire toute sa puissance de sa conception. David, conseillé aussi en cela par Bonaparte lui-même, chercha à dépasser la simple représentation de l’événement. Il voulut en faire le prototype magnifié de la propagande napoléonienne. Le Premier consul ayant souhaité être peint « calme sur un cheval fougueux », David cabra l’animal de manière à conférer un dynamisme à sa composition, que vient encore renforcer le geste grandiloquent de Bonaparte drapé dans un ample manteau de couleur vive. Le général victorieux, au visage idéalisé, regarde le spectateur et lui montre la direction à suivre, cette troisième voie politique qu’il cherchait à imposer entre les royalistes et les républicains.

Mais l’œuvre fait aussi référence par les inscriptions qui se trouvent sur les rochers aux précédents passages historiques des Alpes, qui menèrent à la conquête de l’Italie. Hannibal dans l’Antiquité, Charlemagne (Carolus Magnus) au Moyen Âge. Dès avant les plus grandes victoires napoléoniennes,

Austerlitz

,

Iéna

, Friedland, Wagram, l’œuvre inscrit ainsi le nom de Bonaparte parmi ceux des plus grands conquérants de tous les temps.

Interprétation

En fait, le passage des Alpes était loin d’être si exceptionnel à l’époque de Bonaparte : Brune avait conquis la confédération suisse en 1798, et, en 1799, Masséna avait sauvé la France de l’invasion en combattant en Helvétie contre les Autrichiens et les Russes. D’autre part, le passage du Grand Saint-Bernard s’inscrivait en 1800 dans une stratégie générale de franchissement des cols alpins. C’est donc bien une réduction à l’héroïsme de la seule personne de Bonaparte qu’a peinte David, visant par là à lui attribuer le monopole de la

victoire en Italie

.

Le tableau s’est mué ici en image. Celle-ci est devenue le symbole même des victoires de Napoléon, alors qu’il ne s’agit que d’un épisode de stratégie militaire. Mais il est vrai que dans l’esprit du public, Napoléon Bonaparte est avant tout un conquérant. Et ce tableau synthétise le général, le consul et l’Empereur. Sous cet angle, on peut affirmer que la propagande bonapartiste a parfaitement fonctionné et fonctionne encore.

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Bibliographie

Jacques BAINVILLE, Napoléon, Paris, Fayard, 1931, rééd. Balland, 1995.

Yveline CANTAREL-BESSON, Claire CONSTANS et Bruno FOUCART, Napoléon. Images et histoire : peintures du château de Versailles (1789-1815), Paris, RMN, 2001.

Roger DUFRAISSE et Michel KERAUTRET, La France napoléonienne. Aspects extérieurs, Paris, Seuil, coll. « Points Histoire », 1999.

Annie JOURDAN, Napoléon, héros, imperator, mécène, Paris, Aubier, 1998.

Gunther E. ROTHENBERG, Atlas des guerres napoléoniennes : 1796-1815, Paris, Autrement, 2000.

Jean TULARD (dir.), Dictionnaire Napoléon, Paris, Fayard, 1987.

Jean TULARD (dir.), L’Histoire de Napoléon par la peinture, Paris, Belfond, 1991.

Jacques Louis David : 1748-1825, catalogue de l’exposition, Grand Palais, 1989-1990, Paris, RMN, 1989.

Marengo, une victoire politique, catalogue de l’exposition (musée national des châteaux de Malmaison et de Bois-Préau, 3 mai – 28 août 2000), Paris, RMN, 2000.

Pour citer cet article

Jérémie BENOÎT, « Bonaparte glorifié »

Liens


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