L'atelier, carrefour de la société des artistes

L'atelier, carrefour de la société des artistes

  • Réunion d'artistes dans l'atelier d'Isabey.

    BOILLY Louis Léopold (1761 - 1845)

  • L'Atelier de Bazille, 9 rue de la Condamine à Paris.

    BAZILLE Frédéric (1841 - 1870)

  • Mucha dans son atelier de lithographie.

    ANONYME

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Titre : Réunion d'artistes dans l'atelier d'Isabey.

Auteur : BOILLY Louis Léopold (1761 - 1845)

Date de création : 1799

Date représentée :

Dimensions : Hauteur 71 - Largeur 110

Technique et autres indications : Huile sur toile

Lieu de Conservation : musée du Louvre (Paris) site web

Contact copyright : © Photo RMN-Grand Palaissite web

Référence de l'image : 89EE1595/INV 1290 bis

Réunion d'artistes dans l'atelier d'Isabey.

© Photo RMN-Grand Palais

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Titre : L'Atelier de Bazille, 9 rue de la Condamine à Paris.

Auteur : BAZILLE Frédéric (1841 - 1870)

Date de création : 1870

Date représentée : 1870

Dimensions : Hauteur 98 - Largeur 128,5

Technique et autres indications : Huile sur toile.

Lieu de Conservation : Musée d'Orsay site web

Contact copyright : © Photo RMN-Grand Palais - H. Lewandowskisite web

Référence de l'image : 00-021116 / RF2449

L'Atelier de Bazille, 9 rue de la Condamine à Paris.

© Photo RMN-Grand Palais - H. Lewandowski

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Titre : Mucha dans son atelier de lithographie.

Auteur : ANONYME ( - )

Date représentée :

Dimensions : Hauteur 11,8 - Largeur 16,9

Technique et autres indications : Épreuve sur papier albuminé.

Lieu de Conservation : Musée d'Orsay site web

Contact copyright : © Photo RMN-Grand Palais - H. Lewandowskisite web

Référence de l'image : 01-001708 / Pho1991-11-1

Mucha dans son atelier de lithographie.

© Photo RMN-Grand Palais - H. Lewandowski

Date de publication : février 2008

Docteur en Histoire de l'art

Contexte historique

L’atelier de l’artiste au XIXe siècle

Les ateliers d’artistes ont beaucoup proliféré dans l’Europe du XIXe siècle, en réponse à l’augmentation importante de cette catégorie sociale et professionnelle. Les documents étudiés ici représentent les ateliers de trois artistes européens ayant vécu dans des contextes différents du XIXe siècle : Isabey, Bazille et Mucha. Autour de l’artiste maître des lieux, tout un cénacle se regroupe pour admirer, discuter ou apprendre.

Analyse des images

Le lieu du discours sur l’art

La toile peinte par Léopold Boilly (1761-1845) nous fait pénétrer dans l’atelier d’Isabey, peintre de la première moitié du XIXe siècle logé dans le Palais du Louvre. Le peintre montre ici l’atelier comme un lieu de réunion très couru, presque mondain. De nombreux artistes, musiciens et architectes semblent discourir comme s’ils se trouvaient dans un cercle politique, un Salon littéraire ou un café philosophique. Tout, depuis les vêtements des personnages, les ornements décoratifs et le piano, révèle un univers de raffinement bien loin des labeurs et de la concentration nécessaire à l’activité picturale. Celle-ci est seulement évoquée par la leçon de peinture que Jean-Baptiste Isabey donne à Gérard, un autre élève de David. C’est également de discours théorique sur l’art dont il semble question dans l’atelier feutré de Frédéric Bazille (1841-1870), un impressionniste de la génération de Renoir et de Monet. Il s’agit ici d’un atelier typique du quartier des Batignolles dans les années 1870, avec ses grands volumes spacieux éclairés par des baies vitrées orientées vers le nord, de façon à conserver une lumière constante tout au long de la journée. Bazille et ses deux amis sont réunis autour de sa toile, déjà encadrée et comme prête à quitter l’atelier pour rejoindre les cimaises du Salon ou l’intérieur d’un collectionneur. L’un des personnages joue du piano, indiquant que l’atelier était un lieu de convivialité ouvert au divertissement. Une nouvelle fois, rien n’est montré du processus créatif du peintre qui demeure un mystère puisque la palette, parfaitement propre, est remisée au mur près du poêle comme un simple élément décoratif. La photographie montrant Alfons Mucha (1860-1939) au travail, fer de lance de l’art nouveau viennois, évoque une nouvelle fois l’atelier comme le lieu historique de la théorie de la peinture et de sa mise en pratique. Dans son intérieur décoré de lourdes tentures, le peintre est affairé à la réalisation d’un dessin pour une affiche. Il est entouré d’attentifs spectateurs qui semblent écouter religieusement la leçon du maître.

Interprétation

La société interne des artistes

Ces trois images insistent sur la dimension sociale de l’atelier de l’artiste comme espace de réunion, de discussion, de mise en perspective de l’activité picturale. Elles permettent de dresser un parallèle intéressant entre l’histoire de l’art et l’histoire socioculturelle. Nous y voyions que la création artistique n’est pas totalement indépendante du microcosme social, économique et culturel de son temps. L’artiste a besoin d’un entourage et d’un public pour mettre en perspective, discuter et recevoir ce qu’il crée. L’atelier est ce lieu dans lequel sont reçus les élèves, les admirateurs voire les collectionneurs. Fortement symbolique, l’atelier est l’espace de l’émergence physique de l’œuvre d’art, celui où elle est pensée puis exécutée par le peintre ou le sculpteur. Il précède par exemple le Salon ou le musée, qui sont des lieux d’exposition et de conservation. Lieu du discours sur l’art, du partage des techniques et des opinions, lieu de divertissement des sens, l’atelier est un carrefour dans le monde des artistes. Ce thème si fréquent dans la peinture du XIXe siècle apparaît donc comme un révélateur de la dimension à la fois esthétique et sociologique de l’œuvre d’art. Il participe à l’ancrage de la figure de l’artiste, autant que le Salon de peinture et que les institutions officielles lui donne une place dans le paysage historique et social de son temps.

  • ateliers d'artistes
  • peintres
  • salon
  • Mucha (Alfons)

Bibliographie

L’atelier du peintre et l’art de la peinture, dictionnaire des termes techniques, préface d’André ChastelParis, éd. Larousse, 1990.Gérard GEFEN, Paris des artistes, 1840-1940, Paris, éd. du Chêne, 1998.Anne MARTIN-FUGIER, La Vie d’artiste au XIXe siècle, Paris, Audibert, 2007.John MILNER, Ateliers d’artistes, Paris, Capitale des arts à la fin du XIXe siècle, Paris, éd. Du May, 1990.Harrisson et Cynthia WHITE, La carrière des peintres au XIXe siècle, Paris, éd. Flammarion, 1991 (édition anglaise originale parue en 1965).

Pour citer cet article

Claire MAINGON, « L'atelier, carrefour de la société des artistes »


Video: Latelier de Philippe Favier