L'application des 8 heures

L'application des 8 heures

Affiche de la CGT en faveur de l’application de la loi des 8 heures

© Collections La Contemporaine

Date de publication : octobre 2003

Contexte historique

La loi des 8 heures

La limitation de la durée de la journée de travail à 8 heures constitue l’une des revendications majeures du monde du travail dès les années 1880. A partir de 1890, la manifestation internationale du 1er Mai s’organise autour de cet objectif. La loi est votée le 23 avril, une semaine avant un 1er Mai dont il craint qu’il ne donne le coup d’envoi d’une puissante grève générale. Cette affiche éditée pour le premier mai la donne à voir.

Analyse des images

Poursuivre le combat

Les affiches que le mouvement syndical publie avant guerre sont des placards dépourvus d’illustrations (ou presque). C’est à la une de la presse syndicale qu’on trouve ces dernières. Cette affiche constitue à cet égard un tournant. Elle émane de l’Union des syndicats de la Seine. En son centre, un énorme huit avec, dans sa boucle supérieure, le label et le sigle CGT et dans l’autre une horloge où des lettres se substituent à chacune des douze heures. En fond, un paysage industriel exprimant une dynamique à l’œuvre : le ciel est couleur de soleil, les cheminées d’usines fument à plein, une grue charge ou décharge des marchandise et des derricks, signe de modernité, se mêlent aux échafaudages de constructions, selon une diagonale ascendante qui fait mouvement. De part et d’autre du huit en forme d’horloge, deux groupes de personnages suspendus à une corde tentent d’agir sur le temps a contrario. A gauche, deux employés, deux ouvriers et deux femmes, identifiables à leur tenue : chapeaux mous et costumes, manches de chemises retroussées, tablier de forgeron, ceinture de terrassier, femmes « en cheveux ». Ils s’essaient à ramener l’aiguille des minutes vers 8 heures précises. A droite, quatre bourgeois portant un chapeau haut de forme ou melon et une dame en chapeau. Le graphisme crée une apparente symétrie au prix d’une jambe supplémentaire du côté des salariés... Mais, pour l’heure, les possédants pèsent un peu plus lourd.

Interprétation

Une défiance à double détente

Cette affiche subvertit très légèrement une affiche confédérale contemporaine. Elle révèle les divergences entre la centrale dirigée par Léon Jouhaux, qui se réclame alors d’une « participation aux affaires de la nation » et l’union parisienne, où les syndicalistes révolutionnaires sont en position de force. La différence majeure entre les deux affiches s’exprime dans les messages explicites. On peut lire sur l’affiche confédérale, sous le bandeau 1e rmai, en marge, « Ouvriers, employés, encore un effort et... ». La phrase se prolonge sur l’horloge à la faveur des lettres qui font mot : « NOUS AURONS LES » et, barrant comme ici l’horloge : 8 heures. Le pluriel fait ici place au singulier, pour mieux responsabiliser chacun et l’inviter à agir. Puis le texte se transforme : « Le principe en est voté mais seule ton action... APPLIQUERA LES 8 heures ». La partie graphique demeure inchangée à une nuance près : dans l’affiche confédérale, le groupe des ouvriers et des employés avait pratiquement ramené l’aiguille à 8 heures. L’optimisme est moindre ici puisqu’il est presque 8 heures 2 : la mobilisation du 1er Mai demeure nécessaire

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Bibliographie

Jacques JULLIARD Clemenceau Briseur de grève Paris, Julliard, coll.« Archives », 1965.

Jacques NIZET Grèves, manifestations ouvrières, 1er-Mai en France de 1900 à 1920 Bagneux, Comité d'établissement SCF-SDC 1990.

Maurice AGULHON Marianne au pouvoir Paris, Flammarion, 1989.

Pour citer cet article

Danielle TARTAKOWSKY, « L'application des 8 heures »


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